Des livres de cuisine médiévaux aux caravansérails
Les premières descriptions écrites du samoussa se trouvent dans des recueils de recettes arabes rédigés entre le 10ᵉ et le 13ᵉ siècle. Le plus ancien souvent cité est le Kitab al-Tabikh, compilé à Bagdad au 10ᵉ siècle par Ibn Sayyar al-Warraq. On y trouve déjà des sambusak : de petits chaussons garnis de viande hachée, d'oignon et d'épices, frits dans l'huile. Au siècle suivant, l'historien persan Abolfazl Beyhaqi évoque lui aussi le « sanbosag » servi à la cour des Ghaznévides.
À cette époque, le samoussa n'a rien d'un en-cas de rue. C'est un mets de banquet, servi lors des réceptions des princes et des marchands aisés. Sa farce est riche : viande de mouton ou d'agneau, parfois relevée de fruits secs, d'amandes ou de pistaches, parfumée d'épices venues d'Orient. La pâte, elle, varie déjà : certaines recettes la veulent fine et frite, d'autres plus épaisse et cuite au four.
C'est le long des routes commerciales que le chausson se diffuse. Les caravansérails, ces grandes auberges fortifiées où les caravanes faisaient halte pour la nuit, jouent un rôle de carrefour culinaire. Les cuisiniers y préparent des plats capables de tenir plusieurs jours, et les voyageurs repartent avec des recettes nouvelles. En Asie centrale, le chausson prend la forme de la samsa, une version cuite au four, souvent collée contre la paroi brûlante du four tandyr, que l'on trouve encore aujourd'hui sur tous les marchés d'Ouzbékistan et du Kazakhstan.
Cette double tradition, frit d'un côté, cuit au four de l'autre, accompagne le samoussa tout au long de son histoire. Elle explique pourquoi, selon l'endroit où l'on en mange un, la pâte peut être feuilletée et dorée au four, ou fine et craquante après un passage dans l'huile.









